Par Benjamin Evaert :
Diffusion sur Disney+ et ESPN, sponsors de renom, circuits mythiques et nouvelle génération de bolides axés sur la performance pure: après 12 saisons, la Formula E espère changer de dimension.
Il n’a pas marqué le moindre point lors de la dernière manche du championnat de Formula E dimanche à Londres. Cela n’a pas empêché l’Allemand Pascal Wehrlein, de l’équipe Porsche, de remporter son deuxième titre de champion de F1 électrique.
Il faut dire que le pilote avait remporté la course de la veille, également à Londres, de quoi le mettre aux commandes de la saison. Malgré une course difficile, ses concurrents directs au classement n’ont pas pu remporter suffisamment de points pour lui subtiliser le titre dimanche.
Pascal Wehrlein devient le deuxième pilote, après le Français Jean-Éric Vergne, à compter deux titres de champion de Formula E au compteur.
Un changement de dimension
De la sorte, la Formula E tire un trait sur sa douzième saison. Elle entend désormais changer de dimension, puisque c’était aussi le rideau pour la troisième génération de bolides électriques qui arpente les courses depuis maintenant quatre ans.
«C’est une page qui se tourne. On voit le travail accompli. Les critiques sur cette troisième génération se sont tues au fur et à mesure. Elle aura amené de belles avancées techniques et le championnat a prospéré», nous dit Nicolas Wertans, le patron de Spark Racing Technology.
Derrière les monoplaces existe une histoire un peu belge et moins connue, celle de Spark Racing Technology. La société, basée à Tigery en région parisienne, est intimement liée à la discipline depuis ses débuts car elle fournit les véhicules depuis la première saison.
Spark le fera encore pour quatre ans au moins, puisqu’elle a gagné le contrat de quatrième génération du véhicule il y a quelques années, et a dévoilé le nouveau bolide à Goodwood.
Un nouveau chapitre pour cette société de l’ombre détenue en partie par le groupe liégeois Sodaphi. Un choix gagnant pour ce dernier donc, qui avait initialement investi dans cette aventure via du capital-risque. «Pourvu que ça dure», dit Alexandre Dallemagne, le CEO du groupe Sodaphi.
Pari audacieux
La Formula E a été un pari audacieux de l’homme d’aff aires et ancien eurodéputé Alejandro Agag et de quelques sociétés pionnières comme Spark Racing Technology.
Après 12 ans, la discipline reste orientée vers son avenir. Les derniers articles sortis sur ses comptes font état d’un secteur qui n’est pas encore rentable avec une perte de 92,2 millions de dollars pour la saison 2023-2024.
Son avenir semble cependant assuré alors que les actionnaires de la Formula E ont un plan fnancier à plus long terme pour poursuivre le développement de la discipline.
«La Formula E pourrait choisir d’être profitable si c’était notre priorité», s’est justifié en janvier dernier Jeff Dodds, directeur général de la Formula E dans le média britannique Sportpro.
Gen 4
En octobre 2024, Liberty Global achetait la part de Warner Bros Discovery et de quelques minoritaires pour détenir 65% des actions de la discipline, contre 38,2% auparavant. Le fonds souverain saoudien PIF compte aussi parmi les autres actionnaires. Autant d’investisseurs qui pensent que cette compétition est vouée à de grandes choses si on la laisse grandir. Ils se donnent en tout cas les moyens.
Aujourd’hui, la discipline est prête à sauter une étape avec la quatrième génération de ses bolides ou «Gen 4». «Quand on voit la génération quatre en termes de design, elle n’a rien à envier face aux majors en F1», sourit Alexandre Dallemagne.
Pour Spark, la Formula E a toujours été un bon business avec des factures payées et une carte de visite qui permet aujourd’hui à la société de se diversifier.
Deal avec Disney+
Preuve de cette volonté de faire exploser ce championnat, la Formula E vient de signer avec Disney+ et ESPN, de quoi lui donner une visibilité accrue à l’échelle mondiale, notamment aux États-Unis.
La discipline y sera diffusée dès l’année prochaine. Tout le monde pense évidemment à comment Netflix et sa série de F1 «Drive to Survive» ou F1 TV ont offert un sérieux boost à la discipline. Chez Disney+, en plus de la retransmission des courses, des résumés, des coulisses et autres programmes exclusifs ont pour ambition de faire gagner des millions de fans pour la discipline.
«La portée mondiale sans équivalent de Disney et son savoir-faire en matière de narration permettront de faire découvrir la Formula E à des millions de nouveaux fans, tout en les rapprochant plus que jamais de l’intensité, de l’innovation et du spectacle de la compétition électrique», a déclaré Jeff Dodds.
«On change franchement de catégorie au niveau de la promotion», dit Nicolas Wertans. «Quand on a présenté la GEN4 à Goodwood, Google était là pour faire des tests sur les données ou l’IA. L’écosystème prospère», dit-il.
En plus de Google Cloud, la Formula E compte Hankook, Julius Bär, DHL ou les champagnes Taittinger parmi ses sponsors «partenaires».
POUR SPARK, LE DÉFI DE LA DIVERSIFICATION
Quand on est intimement lié à une discipline comme la société Spark Racing Technology, on cherche évidemment à se diversifier. Dans le sport auto, la société est ainsi également active dans le championnat de véhicules hybrides (électriques/hydrogène) Extreme H, et le patron Nicolas Wertans aimerait aller dans l’endurance, la troisième catégorie à côté de la vitesse et du hors-piste.
«Nous avons aussi des projets concrets dans le domaine de l’ingénierie connexe. Des véhicules, des sous-ensembles ou des prototypes. Nous avons
même une série de projets dans lesquels on ne connait pas le client final, même si on le devine en général. Notre rôle n’est pas de prendre la lumière», dit Nicolas Wertans.
Rappelons-nous par exemple que c’est Spark qui développe les futurs véhicules du Monde Sauvage d’Aywaille. Il pense que certains développements arrivent finalement sur les véhicules finaux. Cependant, sa société ne s’encombre pas de bagarres sur les brevets. «Nous voulons courir très vite devant, pas passer notre temps à défendre nos arrières. Nous n’avons pas vocation à défendre des brevets», détaille-t-il.
Actuellement, ses équipes travaillent sur beaucoup d’autres projets, la plus grosse partie du travail sur la Gen 4 de Formula E étant déjà effectuée. Un travail d’ingénieurs passionnés.
«Une montée en compétences»
Nicolas Wertans explique que Spark a vocation à rester dans l’ombre. La nouvelle génération a de sérieux arguments sur papier. «La Gen 4 est un gamechanger. C’est un véhicule très sophistiqué, que ce soit pour les matériaux, les techniques, la sécurité ou sa vitesse. L’énergie embarquée demande des freins et une suspension aérodynamique plus avancés que la génération précédente. Dans nos équipes, nous avons aussi une montée en compétences», dit-il.
Les Gen 4 développeront ainsi jusqu’à 600 kW de puissance, soit plus de 815 chevaux, et pourront atteindre les 100 km/h en environ 1,8 seconde. Les courses qui étaient souvent dans des milieux plus urbains s’invitent de plus en plus sur des circuits classiques, plus adaptés à ce type de performance.
En termes de coûts, il est évidemment moins cher de louer un circuit existant que d’en créer un dans d’autres environnements. Au calendrier 2026/2027, vous trouverez ainsi le circuit néerlandais de Zandvoort ou le circuit des Amériques d’Austin.
«C’est la première monoplace en quatre roues motrices permanentes de l’histoire du sport automobile», ajoute le patron de Spark. Lui pense que c’est désormais la performance pure des bolides qui occupera le devant de la scène. L’autonomie et les batteries restent importantes, mais passent davantage au second plan.
La saison
Actuellement, ses équipes travaillent sur beaucoup d’autres projets, la plus grosse partie du travail sur la Gen 4 étant déjà effectuée.
Les équipes de Spark Racing Technology, comme tout le petit monde de la Formula E, seront en tout cas de la partie pour voir la première de cette génération 4 sur circuit, lors des essais officiels de présaison en novembre à Madrid, et les premières courses en décembre en Arabie saoudite.
Ce sera aussi une première pour Opel qui rejoint la discipline cette année. «Avec Berlin, Monaco, Brands Hatch, Zandvoort et Madrid, la partie européenne de la saison inclut plusieurs marchés clés pour nous», a souligné en juin Jörg Schrott, directeur de l’équipe Opel GSE Formula E Team. Il souligne aussi la course devant les équipes à Berlin et les retombées mondiales de la compétition. Des retombées marketing auxquelles l’autre marque de Stellantis, DS, n’aura plus droit. L’équipe DS Penske raccroche.
DS ne sera pas au départ de la treizième saison. «Nous repartons avec un apprentissage majeur dans les domaines des motorisations électrifiées, de la gestion énergétique et de l’efficience globale des systèmes embarqués», a assuré Bastien Schupp, directeur Marketing et Communication DS Automobiles. «Les technologies éprouvées dans le championnat ont contribué à nourrir la recherche et le développement de nos modèles de série, comme l’illustrent notamment nos dernières créations, DS N°4, DS N°7 et DS N°8 offrant jusqu’à 750 km d’autonomie électrique», a-t-il ajouté.
Tous les regards vers la saison 13
Cerise sur le gâteau, DS termine son aventure par une victoire de course de Taylor Barnard.
L’équipe en aura totalisé 19 sur onze ans et aura été sacrée quatre fois championne. Porsche, Nissan, Citroën ou Jaguar. Pour les équipes qui restent en lice, on regarde vers la saison 13. Chez Spark, on se retrousse déjà les manches car à la mi-vie de la quatrième génération, une mise à jour de la voiture est prévue, il s’agit donc de s’y mettre dès à présent pour être prêts en saison… 15.
Source : Lecho.be









