Des véhicules sont développés à partir d’une feuille blanche pour le parc animalier liégeois.
Derrière cette prouesse, Spark Racing Technology, une société connue pour ses formules 1 électriques.

“Tout le monde débarque à mon bureau en me demandant: C’est quoi ce truc?”, sourit David Peltier, vehicule engeneering manager chez Spark Racing Technology.

Faire des bulles en verre qui roulent, comme dans “Jurassic World”, pour visiter le Monde sauvage d’Aywaille, l’idée du nouveau
propriétaire du parc, Alexandre Dallemagne, en a surpris plus d’un.

Le CEO du groupe Sodaphi a mis les millions sur la table pour ce projet et entend différencier son parc de la concurrence. Et quoi de mieux que la référence à ce blockbuster familial du septième art pour y arriver?

“C’est une vraie différentiation alors que deux tiers du parc se visitent sous forme de safari. Cela capitalise sur notre héritage et c’est
complémentaire au train”, estime Alexandre Dallemagne.

“Nous sommes les seuls acteurs indépendants à pouvoir concevoir une voiture à partir d’une feuille blanche.”
NICOLAS WERTANS, PATRON DE SPARK RACING TECHNOLOGY

Au cœur de la course
Loin d’être une idée en l’air donc, la magie doit prendre vie à 400 km d’Aywaille, à Tigery, en Îlede-France, chez Spark Racing Technology. Cette pépite de l’ingénierie automobile fait aussi partie de la galaxie d’Alexandre Dallemagne, qui possède 25% de la société.

Spark est d’abord connue pour ses “Formula E”, les Formule 1 électriques. Depuis les débuts de la discipline en 2014, c’est en effet Spark qui a développé et assemblé ces bolides pour la course.
Alors que nous arpentons les installations de Spark Racing Technology, un parfum de secret entoure les lieux. Ici, les équipes travaillent à la génération 4 de la Formula E qui doit encore être dévoilée au monde. Elle est prévue pour la saison 2026/2027.
Néanmoins, depuis des années, Spark travaille à la diversification des activités. “Nous sommes les seuls acteurs indépendants à pouvoir concevoir une voiture à partir d’une feuille blanche de A à Z.
Un client vient avec les spécificités qu’il souhaite, et nous réalisons ensuite le véhicule”, détaille Nicolas Wertans, à la tête de Spark Racing Technology.

Cet ancien de grands groupes automobiles a trouvé ici chaussure à son pied. Il développe les activités de Spark, qui compte désormais une cinquantaine de personnes.

Il y a la Formula E, mais aussi la Formule H (pour hydrogène, NDLR) qui doit bientôt faire ses grands débuts, ainsi que les activités de prototypage pour divers clients dont les noms sont en général tenus secrets.

“La transmission gyroscopique est très énergivore. Il y a aussi un problème d’inertie qui fait que quand on freine, on tourne”
TIMOTHÉE PERRIN, BUSINESS DEVELOPER CHEZ SPARK

Bulle en forme d’éléphant
Pas dans le cas du Monde Sauvage. On nous dévoile en primeur les premiers dessins des véhicules. Un travail en cours, qui doit encore fortement évoluer. Il faut, comme bien souvent dans la vie des ingénieurs, arriver à conjuguer rêves et réalités.
“Le rêve d’Alexandre était d’avoir une gyrosphère, comme dans Jurassic Park. La réalité physique a néanmoins montré les limites”, détaille Timothée Perrin, business developer chez Spark.

“La transmission gyroscopique est très énergivore. Il y a aussi un problème d’inertie qui fait que quand on freine, on tourne”, sourit Perrin. Il a donc dû fallu trouver un compromis. L’aspect “bulle en verre” reste, mais quatre roues seront ajoutées. Pour la petite histoire, même dans le tournage de Jurassic World, la bulle en verre reposait en fait sur quatre roues, supprimées digitalement pour ne pas apparaître à l’écran.

Prototype en 2026
Chez Spark, le travail actuel sur ce véhicule se fait en aller-retour entre les ingénieurs en interne et le designer choisi pour le projet. Le véhicule est, à ce stade, un mix entre l’idée initiale et les lignes d’un éléphant. Les équipes envisagent, par exemple, un phare arrière vertical avec un câble en prolongation pour la recharge, faisant penser à la queue d’un éléphant.
Le mock-up statique intérieur et extérieur est prévu pour l’été. Le prototype est prévu pour l’été

Quatre personnes doivent pouvoir s’assoir à bord. Le conducteur regarde devant lui, les autres passagers se font face avec un maximum d’espaces vitrés pour le côté immersif.

Le véhicule électrique doit pouvoir faire entre 10 et 15 km/h pendant 10 heures. Il devra donc avoir environ 140 km d’autonomie grâce à six modules de 15 kWh.
Chez Spark, les projets originaux sont monnaie courante. Certains véhicules qui n’ont pas été jusqu’à la commercialisation sont ainsi exposés dans les installations. Le plus gros risque du business vient des besoins en fonds de roulement, les projets étant souvent payés une fois réalisés. Séquencer les projets en différentes étapes est une manière de se protéger. “On ne fera jamais tapis sur un projet”, ajoute Nicolas Wertans. Il y a notamment un focus sur tous ces championnats automobiles qui sont en train de s’électrifier, en particulier vers l’hybride.
Les actionnaires de Spark ont racheté la société Kintesys, un bureau d’études spécialisé en pilotage de groupes moto propulseurs qui amène, entre autres, les compétences en moteur thermique dans les projets.
Spark vient aussi d’ouvrir une filiale en Angleterre, siège de l’essentiel du sport automobile, via la reprise d’une équipe spécialisée dans les compétences batteries. Spark entend rester à l’avant-garde.

Extrême H comme hydrogène
Alors que nous arpentons les locaux de Spark Racing Technology, ils sont tous là. Les bolides à hydrogène Extreme H sont dans leur
dernière ligne droite avant de prendre la route. La discipline organisée par la FIA a pour vocation à remplacer l’Extreme E, ces courses de rallyes électriques qui ont lieu à travers le monde.
Mais pour les équipes de Spark, le défi était grand. Une voiture électrique avec une pile à combustible hydrogène amène une couche de complexité supplémentaire. Les systèmes embarqués sont bien plus nombreux, surtout que l’hydrogène peut alimenter la batterie en électricité de manière classique, mais aussi amener directement de la puissance quand cela est nécessaire également.
“Le véhicule est prêt, et il bénéficie de notre apprentissage sur l’Extreme E, que l’on avait créée ex nihilo” dit Nicolas Wertans, patron
de Spark Racing Technology. Pour la sécurité du véhicule, encore plus essentielle avec de l’hydrogène, l’expérience de course est des plus bienvenue et le bulletin est bon en Extreme E. Il y a bien eu l’accident spectaculaire du double champion du monde des rallyes Carlos Sainz en 2022, lors duquel il avait fait de multiples tonneaux lors d’un rallye électrique. Il en était sorti indemne (non sans frayeur). Pour la nouvelle Extrême H, trois châssis ont été soumis à tous les crash-tests possibles après la phase de crash-tests digitaux.


Dans le Golfe
La date de la première course dans les pays du Golfe pour Extreme H doit encore être dévoilée. Derrière l’Extrême H, on trouve, en
effet, le puissant fonds souverain d’Arabie saoudite, le PIF (Public Investment Fund). Ce même fonds qui finance la marque haut de
gamme électrique Lucid. L’Extreme H est, en tout cas, un bel exemple de ce que savent faire les équipes à Tigery. “On exécute la vision d’un client qui imagine un produit, du marketing, du sponsoring, un type de course etc. Nous, on conçoit avec les équipes. On définit un cahier des charges avec certains fabricants de composants, par exemple sur la pile à combustible et sur le type de puissance. Ensuite, on va dans la phase de développement”, détaille le CEO.


Station de recharge

Ce contrat crée aussi des opportunités. Spark a ainsi développé sa station de recharge d’hydrogène qu’elle peut également louer.
Une nouvelle compétence pour les ingénieurs touche à tout de Tigery. À force de nouveaux contrats comme l’Extreme H, Spark engrange une expériencе unique. Elle devient, de fait, très bien positionnée pour l’avenir, car elle est la seule société qui peut se targuer d’une telle expérience. Mais en course comme en ingénierie, l’essentiel est aussi de ne pas se faire dépasser. C’est pour cela que chez Spark, les équipes sont maintenant à pied d’œuvre pour déployer le potentiel de l’IA dans le développement.
Une sorte de concours interne a lieu sur ce sujet, tout le monde essayant de trouver les meilleures utilisations des nouveaux outils. “C’est bluffant”, conclut Wertans qui a déjà trois personnes sur l’IA dans ses équipes.