Implantée dans la petite commune de Tigery (Essonne), la société Spark Racing Technology dessine et produit les voitures de course qui participent aux championnats de Formule E (pour électrique) et d’Extreme H (pour hydrogène).
Par Nolwenn Cosson

L’Arabie saoudite, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie ou encore les États-Unis. Dans les prochains mois, ces pays doivent accueillir le Championnat du monde de course tout-terrain, nommé Extreme H. Une nouvelle compétition qui s’apprête à marquer l’histoire de la course automobile : les 4 x 4 rouleront en partie à l’hydrogène. Équipée d’une pile à combustible à hydrogène de 75 kW, et d’une batterie très haute performance, la Pionner 25 n’émet que de la vapeur d’eau. Avec son système de traction intégrale bimoteur, ce véhicule profite d’une puissance allant jusqu’à 400 kW (550 ch), ce qui lui permet d’aborder les terrains les plus difficiles.
Mais avant de rouler sur des routes sauvages, cette nouvelle gamme de voiture est en train d’être assemblée à Tigery. C’est dans cette petite commune de l’Essonne que la société Spark Racing Technology, créée en 2012, est aujourd’hui implantée. À 15 km seulement d’une autre entreprise qui a fait ses preuves dans les courses automobiles : l’usine d’Alpine F 1 Team de Viry-Chatillon.Si son avenir se jouera désormais loin de la catégorie reine, un autre groupe a aussi posé ses valises dans la commune : Nissan, qui espère briller en Formule E sous l’ère GEN3 Evo avec son bolide 100 % électrique pouvant atteindre les 100 km/h en 1,86 seconde et une vitesse de pointe avoisinant les 322 km/h.
Un « écosystème » avec Alpine
Alors, hasard ou pas ? « Il n’y a pas de coïncidence », répond Nicolas Wertans, le président de Spark Racing Technology. La société est la descendante d’Art Grand Prix, fondée par Nicolas Todt, fils de l’ancien président (2009-2021) de la Fédération internationale de l’automobile (FIA) et Frédéric Vasseur, l’actuel directeur de la Scuderia Ferrari (F 1). Ce dernier fut aussi pendant quelques mois, en 2016, directeur de la compétition de l’écurie de F1… Renault Sport Formula 1 Team.
« Après vingt ans de succès en formule 2 et 3, ils ont eu l’idée de lancer un grand prix électrique. C’était un terrain en friche car rien n’existait, raconte Nicolas Wertans. Il a fallu créer les règlements, penser l’organisation et imaginer les voitures. » C’est là qu’entre en jeu Spark, qui s’installe en Essonne. « L’idée était d’attirer les jeunes ingénieurs en se rapprochant du centre névralgique parisien, tout en trouvant un équilibre financier et en créant une sorte d’écosystème avec Alpine. »
L’entreprise démarre avec une dizaine de salariés, dont cinq ingénieurs et deux mécaniciens. L’objectif est clairement établi : devenir le seul fournisseur de châssis de ce nouveau championnat. L’équipe imagine et crée le véhicule « en partant d’une feuille blanche » qu’elle livre ensuite aux écuries participantes. À elles d’apporter les finitions, ce qui leur permettra de faire la différence une fois la course lancée. « On crée d’abord des prototypes que l’on teste, avec un pilote et en toute confidentialité sur route, indique Nicolas Wertans. Les écuries font ensuite leurs ajustements avant de tester, elles aussi, les véhicules. »
Sébastien Loeb titré
Le premier départ de ce championnat est donné en 2014. À l’époque, chaque écurie avait deux voitures, les batteries n’étant pas capables d’assurer toute la course. « Cela entraînait des contraintes fortes en termes d’espace, de logistique, de transport mais aussi pour les pilotes qui devaient changer de voiture en pleine course, rappelle le président de Spark. C’est pourquoi très vite la question d’une génération 2 s’est posée. » La FIA lance alors un appel d’offres que l’entreprise remporte. L’équipe Spark s’agrandit et les véhicules sont fin prêts en 2018. Désormais, c’est sur la technologie GEN4, qui sera utilisée lors de la saison 2026-2027, que la société travaille.
En parallèle, l’entreprise se penche sur un nouveau projet, le lancement du championnat Extreme E. « Une compétition lancée en 2021 en tout électrique en dehors des chemins battus », décrit le président. L’année suivante, le titre est remporté par un certain Sébastien Loeb, neuf fois champion du monde de rallye. Aujourd’hui, le championnat évolue vers l’hydrogène, et une fois encore Spark remporte l’appel d’offres.
Un sport automobile plus propre
Après des tests intensifs équivalents à trois saisons complètes de compétition, les dix Pioneer 25 seront bientôt livrées. « Ce projet a repoussé les limites de la technologie hydrogène dans le sport automobile, alliant ingénierie avancée et innovation durable, assure Nicolas Wertans. Nous sommes persuadés que ces véhicules définiront de nouveaux standards pour la compétition hydrogène tout-terrain, et inspireront l’avenir des solutions énergétiques propres. »
Et pour demain, Spark « veut voir plus loin ». « Des discussions sont en cours avec des promoteurs de courses automobiles. Nous regardons comment nous pourrions les aider dans la transition vers l’hybride. Rien n’est encore décidé, mais les pistes de réflexion sont intéressantes. On verra si d’autres projets voient le jour dans le sport automobile. Nous dépendons des donneurs d’ordres. »

